Etienne Hatt – Introducing – Artpress oct 2013 – FR/ENG


 Félix Pinquier produces «sensorial enigmas» that inculcate silence in order to explore the phenomenon of sound.

In 2010 the exhibition Relâche brought to an end Félix Pinquier’s studies in the studio of sculptor Richard Deacon at the Ecole Nationale Supérieur des Beaux-arts de Paris. The partial view of the exhibition revealed strange, scattered objects. Made from wood, plaster, cement, lead, metal and rubber, they are created using molds of tubes, pipping, funnels, industrial objects and formwork. The process is modular, combinatory and accumilative. Pinquier attemps to create a set of forms that can be reused in the same object or between sculptures, at times made from other materials. Dynamo (2010) is a plaster cast hung from Sonars (2008), a chain of cardboard volumes set on the ground, and will moreover, be cast in aluminium. Pinquier also likes to employ alterations of scale to create doubt about the piece’s nature : is it a model or a sculpture ? Nor do his objects have a defined status or static quality. They can be positioned differently or lose their initial autonomy and be combined in an installation like those that have been placed on a platform : this is not a plinth but used to define a space within the display space, making it area reserved for play or experimentation.
The series of drawings that Pinquier has made since then forms part of his work as a sculptor. Whether they are of dirigibles, breakwaters, or propellers, Pinquier chooses his motif for their volumetric properties. His drawings are made from – often old- photographs, and in the series Aérolithes (2010) he includes their off-center layout and dynamic perspectives. Other drawings combine several forms and styles : hyper-realistic volumes, sketcches made of is sculptures, and printing characters. In such cases, the page forms a constellation that is olso a syntax.
Félix Pinquier’s works seem to enjoy a close relationship with reality. This stems from the method he uses of printing and copying but also frompossible parallels between his forms and daily objects; for example, Dynamo is suggestive of a clock. What Pinquier calls his «domestic objects» appear to be useable, like the suggest, as in Assises (2010). The title and form of these thow small pieces made from wood and plaster, which stand at the center of the platform, call to mind footstools, but this is obviated by their sizeas Pinquier includes factors that preclude functionnality from his objects, reducing them to imitations or absurd machines, the descendants of the mechanomorphic works of Duchamp and Picabia.
The artist plays with reality in the same way that he plays with mathematics. He creates his forms by defining protocols based on number series. The sculpture Parcours (2010) is derived from the arbitrary reptition of the series 5, 4, 3, 2, 1, in wich numbers correspond to the different heights. The procedure is as playful as Francois Morellet’s use of rules that are more or less open to chance is works,but is more intuitive an less systematic. Above all, the numbers are linked with music, which, for a practitioner like Pinquier, provides tempo and rhythm. The piece Trois pour quatre (2010), a plaster cast with three grooves on one side and four on the other, thus refers to polyrhythm and phase difference. But Pinquier is not the kind of person to reduce music to a simple numerical breakdown.

APORIA
However, in the wake of Christian Marclay, whose subject matter he takes up, he knows that representing music and, more generally, sound is «always a sort of failure, as sound is immaterial and the representation of sound visually will always exclude hearing» (1). He attemps nontheless to over-come this irresolvable contradiction. The profile of the sculpture is very suggestive of the grafic transcriptions of a sonogram, but it mostly recalls the discontinuous curves of the « Sounding Handwriting» or sonic writing of rudolf Pfenninger, one of the inventors of synthetic sound during the 1930s. The object becomes musical notation, in fact a score. In particular, Pinquier, who in a trumpeter, returns to the characteristics of a creation of sound : air, its speed of movement and it vibrations. Station (2013) is a sculpture made from leather stretched over a metal structure and evokes the bellows of an accordion and the bell of a trompet. Yet, paradoxically, thes objects are both static and silent. Pinquier follows the logical consequences of the aporia mentioned above :»An object or image that attempts to represent a sound unintentionnally becomes the representation of its absence»(2). His works also seem to instill silence. The emptiness in air tubes gives way «Pinquier uses the word «remplaçage», an invented word with the twin senses of replacement and filling up) to the voiceless material concrete. These works are all the more as the artiste was; in the pastexperimented with actual sound and movement. His sound works include the video Phonography (2008), which shows stop frame animation of mouths against a soundtrack of rhythmically sung onomatopeia. So whiy has he turned awway from sound art and ventured into exploring sound in silent work ? The answer springs from the fascination with synesthesia and suggestion. He writes « What we see will thus never be what we hear, and yet, as is the case with synesthetic phenomena, we know that the sensations are not exclusive» (3).

(1) Félix Pinquier, « L’objet du silence ou l’inversion du problème », 2010.
(2) Id.
(3) Félix Pinquier, « Note à propos de Relâche », 2012.

 


 

 

Félix Pinquier produit des « énigmes sensorielles » qui instaurent le silence pour explorer le phénomène sonore.

En 2010, Relâche clôturait la scolarité de Félix Pinquier dans l’atelier du sculpteur Richard Deacon à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.La vue partielle de l’exposition montre d’étranges objets épars. En bois, plâtre, ciment, plomb, métal et caoutchouc, ils sont produits par moulage de tubes, tuyaux, entonnoirs, objets industriels et coffrages conçus par l’artiste. Le processus est modulaire, combinatoire et cumulatif. Il vise à créer un répertoire de formes réutilisables dans un même objet ou d’une sculpture à l’autre, parfois dans d’autres tailles ou matériaux. Dynamo (2010), moulage en plâtre ici accroché au mur du fond, dérive de Sonars (2008), chaine de volumes en carton posés au sol, et sera, ailleurs, tiré en fonte d’aluminium. Les objets n’ont ni statique ni statut définitifs. Ils pourront être posés différemment ou perdre leur autonomie initiale et s’agréger en installation, comme ceux réunis ici par une plate-forme, qui n’est pas un socle mais un espace dans l’espace, un terrain de jeu et d’expérimentation.
Les séries de dessins réalisées depuis lors par Pinquier participent de son travail de sculpteur. Qu’il s’agisse de dirigeables, de brise-lames ou d’hélices, l’artiste choisit ses motifs pour leur volumétrie. Il les dessine d’après des photographies, souvent anciennes, dont, il reprend, dans la série Aérolithes (2012), les mises en pages décentrées et les points de vue dynamiques. D’autres dessins combinent plusieurs formes et modes : restitutions hyperréalistes de volumes, schémas tirés des propres sculptures de l’artiste et signes typographiques. La page dessine alors une constellation qui est aussi une syntaxe.
Les oeuvres de Félix Pinquier semblent entretenir un rapport étroit au réel. Celui-ci tient au procédé de l’empreinte et de la copie, mais aussi au rapprochement possible entre ces formes et les objets du quotidien. Dynamo fait penser à une pendule. Ceux que l’artiste appelle ses « objets domestiques » semblent manipulables et utilisables comme les ustensiles ou les meubles qu’ils évoquent. Tel est le cas d’Assises (2010). Le titre et la forme de ces deux petites pièces de bois et de plâtre visibles au centre de la plate-forme en feraient des tabourets, mais pas leur taille. Car Pinquier introduit des perturbations qui interdisent toute fonction à ses objets réduits à des simulacres ou à des machines absurdes héritières des oeuvres mécanomorphes de Marcel Duchamp et Francis Picabia.
L’artiste joue avec le réel comme il joue avec les mathématiques. En effet, il écrit ses formes en définissant des protocoles fondés sur des suites numériques. La sculpture Parcours (2010) repose ainsi sur la répétition de la suite arbitraire 5, 2, 3, 4 et 1, les chiffres correspondant ici à des hauteurs différentes. Un tel usage des mathématiques fait bien sûr penser à François Morellet. À cet égard, le titre Relâche lui rend hommage et, à travers lui, à Picabia. Au-delà de leur caractère ludique, les nombres ont aussi à voir avec la musique qui est, pour un praticien comme Pinquier, comptage des mesures et du rythme. La pièce Trois pour quatre (2010), moulage de plâtre marqué par trois gorges d’un côté et quatre de l’autre, renvoie ainsi à la polyrythmie et au déphasage. Mais Pinquier ne saurait réduire la musique à un décompte.

APORIE
Pourtant, à la suite de Christian Marclay dont il fait siens les propos, il sait que représenter la musique et, plus généralement le son, est « toujours une sorte d’échec. Car le son est immatériel et l’évocation du son par la vue exclura toujours l’ouïe (1) ». Parcours tente néanmoins de dépasser cette aporie. Le profil de la sculpture évoque, certes, les transcriptions graphiques des sonagrammes. Mais il rappelle surtout les courbes discontinues de l’ « écriture sonore » de Rudolf Pfenninger, un des inventeurs du son synthétique dans les années 1930. L’objet se fait notation musicale, voire partition. Surtout, Pinquier, qui est trompettiste, remonte au fondement du son : l’air, sa vitesse et ses vibrations qui occupent une place essentielle dans ses recherches récentes. Station (2013), sculpture de cuir tendu sur une structure en métal, évoque ainsi le soufflet d’un accordéon et le pavillon d’une trompette. La sculpture devient instrument.
Pourtant, ces objets sont paradoxalement statiques et muets. Pinquier tire les conséquences de l’aporie énoncée plus haut : « un objet ou une image qui tente de représenter une sonorité devient involontairement la représentation de son absence (2) ». Aussi, ses oeuvres semblentelles même instaurer le silence. Les tubes à air sont, par exemple, remplis par cette matière sourde qu’est le béton (l’artiste parle de « remplaçage »). Les oeuvres sont d’autant plus silencieuses que l’artiste a, par le passé, expérimenté le son et le mouvement réels. Parmi ses oeuvres sonores, la vidéo Phonography (2008) associait des bouches animées en stop motion et une bande son chantante et rythmée formée d’onomatopées. Pourquoi, alors, avoir abandonné l’art sonore et se risquer à explorer le son dans des oeuvres silencieuses ? La réponse réside dans la fascination de l’artiste pour la synesthésie et la capacité de suggestion mutli-sensorielle d’un objet visible. Il écrit, en effet : « Le visible ne suffit pas pour comprendre ce qui est vu. Le visible ne s’interprète qu’en référence à l’invisible. Ce que l’on voit ne sera donc jamais ce que l’on entend et pourtant […] on sait que les sensations ne sont pas exclusives. (3) »

(1) Félix Pinquier, « L’objet du silence ou l’inversion du problème », 2010.
(2) Id.
(3) Félix Pinquier, « Note à propos de Relâche », 2012.

Introducing par Etienne Hatt, Artpress, octobre 2013

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