A propos d’Éther – Galerie Marine Veilleux
Mai 2015

Félix Pinquier élabore ses sculptures-objets à partir de procédés pluriels : manipulations, combinaisons, géométrie intuitive et logiques empiriques. Dans un rapport intense au médium, ses oeuvres sont empreintes de leur geste de fabrica­tion. Résultant d’un long façonnage manuel, des corps hybrides émergent, entre objets industriels improbables et formes étran­gement sensibles. Les Objets de plateau (2010-2015), prototypes composites ici exposés sur une plate-forme brute, nous éclairent sur la genèse de la production. Ce répertoire plastique, matério­logie affranchie de toute hiérarchisation spatiale, convoque égale­ment une grammaire des pratiques – remplir, évider, tirer, solidifier, assembler, sangler, tourner.
La figure du cercle – courbes, tubes, sangles, pivots, axes – n’est pas sans importance dans le travail de l’artiste et exprime un goût tant pour la mécanique que pour la cosmologie. Vrilles, oscillations, basculements et vibrations semblent à l’oeuvre. Cette rythmique visuelle manifeste un rapport étroit au souffle, aux flux qui animent, de manière sourde mais tenue, les oeuvres de Félix Pinquier.
Aussi les pièces récentes évoquent-elles l’aérien, l’ascensionnel : mouvements d’élongation, verticalité des pièces et appuis muraux témoignent d’un travail sur l’apesanteur amor­cé avec la série Aérolithes : « la réalisation des dessins est assez laborieuse — je fais monter les volumes petit à petit au crayon de papier — cela s’apparente presque au ponçage — du polissage — lisser la forme — la matière sera vaporeuse ou minérale — l’im­portance des ombres portées — après le premier dessin — la pre­mière couche — j’abîme légèrement le papier — les fibres usées absorbent le graphite — je retends les lignes et les contrastes — je redessine une deuxième fois — la volumétrie doit s’exprimer dans l’espace du papier ».1
Félix Pinquier affirme dans ses notes une corrélation entre tracé, sculpture et image, et dévoile un nouvel axe de recherche à la croisée des genres. Ainsi Ether, sculpture enchâssée et prolongée d’un tuyau en cuivre, semble-t-elle néanmoins sortir du cadre – respiration ou échappatoire ? Restent ouvertes les ques­tions du support et d’un rapport possible à la peinture.
Les oeuvres de Félix Pinquier sont des assemblages aux propriétés diverses. Aux formes initiales, minimales, viennent se greffer des terminaisons perturbatoires : caoutchouc, cuivre, tissu, courroies, bois, acier, résine. Félix Pinquier, poète de l’arti­culation, joue de sculptures composites générant un brouillage visuel, kinesthésique et sonore. Ainsi, la distanciation mise en oeuvre par l’artiste, en conférant un caractère étrange à des formes aux références parfois familières, permet d’établir des rapports avec le réel et ce malgré leur caractère mystérieux: « Un doute subsiste. La question est insoluble.» 2

Matthieu de Bézenac

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