Aérolithe,2013
crayon sur papier, collection particulière

La fascination des ingénieurs pour la vitesse et pour la perfection du fonctionnement des machines a fait apparaître, avec les débuts de l’aviation, un style aérodynamique qui s’est progressivement étendu de l’aéronef jusqu’aux automobiles et aux objets fixes du quotidien. Il vaut mieux parler d’aéronef que d’avion, car ces derniers ont été longtemps concurrencés par les dirigeables, parfois appelés « aérolithes » comme les météores. Si la vitesse était le propre des premiers, la forme oblongue ou en fuseau des dirigeables a imprimé une marque durable à l’esthétique aérodynamique, et c’est celle dont furent dotées les premières fusées – tel le V1 allemand lancé en 1944 contre l’Angleterre.

Félix Pinquier entretient avec le dessin industriel un rapport subtil fait de citations, d’emprunts, de réinterprétations. Contrairement au travail des designers, il ne cherche pas à faire dire aux objets autre chose que ce qu’ils sont, il ne lisse pas leurs contours, ne cherche pas à donner à une voiture ou à un train, à un taille crayon ou à un presse agrume l’apparence d’une fusée, mais il prélève dans l’histoire des techniques des formes épurées, créations d’ingénieurs en vue de la seule efficacité. Qu’il s’agisse comme ici d’un dirigeable, ou dans d’autres cas d’un rotor, d’une hélice ou d’un engrenage, il les reproduit avec un soin extrême, en deux ou en trois dimensions, révélant ainsi leurs qualités plastiques. Félix Pinquier n’ajoute rien ; les rares modifications qu’il apporte visent toutes à rendre plus homogène et plus abstraite la forme qu’il emploie, tout en lui conservant son caractère reconnaissable. L’aéronef devient aérolithe : un objet volant fossile qui, contrairement aux météores, aurait la qualité d’un galet façonné par la mer, rendu parfait par l’érosion.

François Michaud
(catalogue de l’exposition Mobile/Immobile, 2019)