Futurologies

La Galerie - CAC de Noisy-le-Sec / Commissariat : Marc Bembekoff, 2020

« Félix Pinquier élabore ses sculptures-objets à partir de procédés pluriels : manipulation, combinaison, géométrie intuitive et logique empirique. Dans un rapport intense au médium, ses œuvres sont empreintes de leur geste de fabrication. Résultant d’un long façonnage manuel, des corps hybrides émergent, entre objets industriels improbables et formes étrangement sensibles. »
Cette exposition qui se déploie dans l’espace de La Galerie regroupe un corpus de pièces qui révèlent l’hybridation à l’œuvre dans la pratique sculpturale de Félix Pinquier. En épousant la hauteur des salles d’exposition, de longs mâts métalliques soutiennent des sculptures composées d’éléments architecturaux et décoratifs qui évoquent autant l’ingénierie que de pures formes sculpturales. L’univers développé par l’artiste se situe effectivement à la croisée des sciences et de l’art : on y retrouve pêle-mêle des pales d’hélice, des formes tubulaires, des tuyaux pour aspirateur ou encore des fragments de coques de bateau dont le choix est contrebalancé par des motifs décoratifs qui renvoient aux figures répétées à l’infini de Constantin Brancusi (1876-1957) ou aux courbes biomorphiques de Jean Arp (1886-1966). Soucieux d’élaborer lui-même les outils pour réaliser ses propres formes, Félix Pinquier relit constamment ces différents éléments pour mieux se les approprier et les incorporer à sa pratique sculpturale : un tel mode opératoire lui permet de tourner le plâtre, de réaliser des formes concaves et convexes qui sont ensuite résinées, moulées ou retransformées. Elles sont exécutées avec du tissu tendu sur des châssis savamment découpés.
Félix Pinquier a fortement été influencé par l’aéronautique pour cette série intitulée Man made object, man made sound [objet fait par l’homme, son fait par l’homme]. On y retrouve des formes fuselées qui évoquent une idée de vitesse : les surfaces immaculées et les courbes concaves ou convexes constituent comme autant de sections de hors-bords et autres bateaux de course. Les notions d’appréhension de lenteur et de rapidité sont accentuées par l’artiste dans les finitions qu’il applique au verso de ses sculptures. Félix Pinquier a délibérément laissé bruts et râpeux le revers de ces éléments. Y sont adjoints des éléments, comme des volutes blanches en stuc, qui relèvent quant à eux du domaine de l’architecture ou du décoratif, en écho à l’ornementation de l’architecture éclectique du bâtiment qui abrite La Galerie. Ces éléments ont été sablés afin de leur rendre une matérialité à la fois minérale et poudreuse qui s’opposent à l’aspect lisse des plans ondulés.
D’autres détails de ces sculptures rappellent quant à eux l’intérêt de Félix Pinquier pour le son et sa matérialisation plastique et visuelle : des pavillons émetteurs et récepteurs d’ondes sonores, des ondulations qui se répercutent et se propagent sur la surface homogène de l’eau apparaissent ici et là dans ses sculptures composites. Elles rappellent les expérimentations scientifiques menées pour expliquer les effets de déplacement du son. L’artiste applique ces procédés phénoménologiques à sa pratique pour réaliser des formes d’échelle variable tout en revendiquant le silence de ses sculptures.
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Dans cette grande installation, des pales d’hélice réalisées en résine — déformées et réassemblées — sont reliées entre elles par un réseau tubulaire métallique. S’il peut évoquer des plantes aquatiques, cet ensemble n’en demeure pas moins très géométrique et renvoie davantage à la géométrie que l’on retrouve dans certaines formes naturelles plutôt qu’à une expansion empirique de la Nature. Félix Pinquier s’intéresse à des espaces qu’il qualifie d’orthonormés, en faisant référence aux mathématiques et aux espaces quadrillés caractéristiques de la Renaissance, et en confrontant deux champs qui s’opposent et se complètent à la fois : le naturel et l’humain.
Sans pour autant considérer cette sculpture comme une relecture de la Nature, ces éléments circulent entre eux sous la forme d’un alambic qui serait révélateur de l’appropriation de figures naturelles par l’Homme.